Ce matin, nous partons pour le mont Algonquin, dans le parc national des Adirondacks, dans l’état de New-York, aux Etats Unis. Nous avons prévu de profiter du début du printemps pour une petite randonnée/camping dans les montagnes … Malheureusement, après un peu plus de 3 heures de route, nous nous rendons vite compte que cette randonnée ne sera pas une grande partie de plaisir car, comme l’avait annoncé la météo, il neige et il vente … et pas qu’un peu!!! Mais cela ne nous décourage pas pour autant! Heureusement, nous avions prévu cette éventualité, et avons emporté avec nous des crampons afin de pouvoir marcher sur la glace, souvent présente durant le printemps à cause de la fonte des neiges, ainsi que de quoi dormir dans le froid. De plus, les Adirondacks sont un des parcs nationaux américains — si ce n’est celui — où il y a le plus d’ours noirs, et il est donc obligatoire de louer des tonneaux résistants aux ours afin de stocker notre nourriture pendant la nuit pour ne pas les attirer, bien qu’on n’en ait pas encore vu à cette époque de l’année (dommaaaage!)…


Après un court repas, nous commençons donc notre ascension. La terre, l’eau et la neige se mélangent sous nos pieds pour donner une épaisse gadoue qui colle à nos chaussures et parfois nous fait nous enfoncer, à tel point que nos chaussures entières sont recouvertes de cette épaisse matière (ce qui ne dérange pas le petit lapin dans son manteau d’hiver que nous apercevons brièvement, avant qu’il ne s’éclipse!). Nous traversons parfois quelques petits cours d’eau qui nous nettoient les pieds afin de mieux se fondre à nouveau avec la boue par la suite … Bref, on patauge! Et le ciel gris et bouché ne fait rien pour nous remonter le moral…

Après quelques kms de rude marche dans cet environnement plutôt hostile et quelques montées ardues, dame nature nous offre une première “récompense”: une magnifique cascade à demi gelée. Je peux vous garantir que cette offrande est grandement apprécié par l’ensemble de notre troupe et très bonne pour le moral!

Après une courte pause pour profiter de cette cascade et prendre quelques photos, nous repartons dans ce qui deviendra petit à petit une véritable épreuve. Plus nous montons, plus la neige est présente, et plus la côte devient pentue. Petit à petit, la boue se voit remplacée par des couches de glace … cachées sous la neige. Il nous arrive donc parfois de glisser, et ça nous fait rire ^^ (surtout quand ce sont les autres qui glissent!). Petit à petit nous sommes donc tous contraints à devoir enfiler nos crampons, qui deviennent par la suite vraiment indispensables. En effet, certaines montées sont à la limite de l’escalade, et sans crampons il aurait été inimaginable de pouvoir les faire…
C’est ainsi que nous nous approchons, montée après montée, à la base du sommet. Un panneau, à demi masqué par la neige, est d’ailleurs là pour nous indiquer que la végétation à partir de ce point est une végétation identique à celle que l’on peut trouver au delà du cercle arctique… Et on le remarque! Pas un arbre, seulement quelques buissons éparses … on comprend vite pourquoi: les vents ici sont incoryablement puissants, et ce, à longueur d’année. Combinez cela à un froid de canard, une neige et une brume épaisses … et nous voilà au pôle nord! (en plus pentu ^^).
En commençant notre montée vers le sommet, nous trouvons une raquette au sol … tiens! y aurait-il quelqu’un mort de froid dans les environs? Nous regardons et cherchons un peu alentours, afin de s’assurer que personne n’est en détresse… mais nous ne trouvons personne… puis nous trouvons une autre raquette, mais pas de la même paire! C’est bizarre cette affaire là … Et hop une troisième raquette (Mais c’est quoi ce bordel!!??) … Et une quatrième!!! Heureusement, les quatre raquettes formaient bien les deux paires
. Nous les embarquons donc avec nous afin de les ramener à l’accueil en redescendant; elles appartiennent probablement à des personnes qui les ont oubliées. Mais dame nature avait prévu un tout autre destin pour nous! En effet, lors de la rude ascension du sommet, l’un d’entre nous — Damien, pour les intimes — pète un de ses crampons! C’est quand même sacrément emmerdant, car nous ne pouvons monter le sommet sans crampons, c’est beaucoup trop dangereux! Mais ……………………… Nous avons des raquettes maintenant!!! Je vous laisse admirer le résultat:


Malgré l’inconfort probable que doit ressentir Damien, cela nous permet de pouvoir continuer notre petite promenade de santé. Sauf que, entre l’accrochage des raquettes au sacs, et le changement de crampon par une raquette, notre carte s’est fait la malle! Elle a décidé de prendre le vent pour s’échapper loin des humains … Heureusement que Simon l’avait plus ou moins mémorisée, car autrement le demi tour aurait été de mise …
Nous continuons donc notre ascension, avec tout de même un peu d’appréhension: “Après tout ce qui vient de se passer en si peu de temps, qu’est-ce qu’il va encore nous arriver!!??”. Hé bien, notre appréhension sera justifiée… et vous allez vite comprendre!

Plus nous montons, plus le vent se fait fort, plus la montée est ardue, et plus la neige nous fouette le visage. Nous avons l’impression de traverser un enfer blanc. Nos visages sont à demi paralysés par le froid, et nous éprouvons de réelles difficultés à communiquer du fait du constant brouhaha crée par le vent contre nos vêtements, nos sacs, et le bruit de la neige qui nous fouette allègrement. Pour en rajouter une couche, l’épais brouillard que nous traversons rend difficile le repérage des traces de peinture jaunes sensées nous orienter. Heureusement que quelques cairns nous aident à ne pas nous écarter du chemin.


Les yeux rivés sur le sol — car il est difficile de lever la tête tellement le vent et la neige combinés sont douloureux pour notre visage — nous continuons notre expédition … Et dans des moments pareils, on s’imagine aisément à la place de grands expéditeurs polaires qui traversent d’énormes tempêtes de glace, de la même manière qu’étant enfants, nous nous imaginions à la place de nos héros télévisés favoris … Dans des moments pareils on se sent vraiment exister, et une espèce de force intérieure nous pousse à toujours continuer, malgré les douleurs et la fatigue.

Lorsque nous arrivons au sommet, nous ne cherchons même pas à profiter. Le vent est tellement fort qu’il pourrait nous faire chuter, et le fait de rester sans bouger dans ces conditions nous refroidirait très vite. De toute façon il n’y a rien à voir: tout est gris! Nous enchaînons donc tout de suite avec la descente du sommet, afin de se trouver un endroit à l’abri du vent, histoire de faire une pause le plus rapidement possible. Et ce n’est qu’après d’interminables minutes que nous arrivons enfin à l’orée des bois, qui vont nous procurer le réconfort dont nous avons vraiment besoin.
Nous sommes vraiment heureux d’avoir traversé (vivants?) cette tempête au sommet. C’est le genre d’expérience qui n’arrive pas tous les jours, et par son côté “violent”, c’est le genre de souvenir que l’on n’oublie pas de sitôt … surtout pour le Marseillais que je suis (Putaing! il est où le soleil Ô!)
Maintenant il nous reste à trouver le chemin pour nous diriger vers l’abri dans lequel nous avions prévu de dormir cette nuit. Notre carte aurait été un plus, mais elle n’est plus! Nous allons donc devoir nous débrouiller sans. Nous entamons la descente, heureux d’avoir survécu à la tempête, mais relativement fatigués. Pas après pas, la luminosité commence à diminuer, et nous sommes encore à des kms de l’abri. Nous allons devoir marcher de nuit! Heureusement nous avons nos lampes frontales qui nous rendent la tâche plus “humainement réalisable”. La descente s’avère longue et fastidieuse. Nos pieds s’enfoncent régulièrement dans la neige, parfois même jusqu’à ce que nos deux jambes entières soient enfoncées. Bien sur ça nous fait toujours rire quand l’un de nous s’enfonce et crie un “tabarnak ostie de calice!” (surtout moi d’ailleurs :p), mais ca devient très vite lassant. Surtout que plus on avance, plus on s’enfonce régulièrement.
Le chemin devient vraiment difficile à suivre, les balises sont parfois recouvertes par la neige, et nous devons traverser de nombreux cours d’eau, crampons aux pieds… Parfois même, nous marchons sur des corniches au bord de l’eau, qui s’effondrent sous nos pas (en fait y’a qu’à moi que c’est arrivé ça! ^^) … Bref, nous sommes les Indiana Jones de la montagne enneigée. Aux alentours de 22-23h, nous arrivons enfin à l’abri, installons notre bâche pour nous protéger du vent, mangeons, et nous endormons.

Le lendemain matin, aux alentours de 13h, nous sommes prêts à partir (il nous aura fallu longtemps pour sortir de nos duvets douillets, et enfiler nos vêtements humides et gelés!). Le chemin qui nous reste à faire est beaucoup plus plat, et heureusement car je vous laisse imaginer l’état de nos muscles douloureux et raidis à cause de la veille. Nos profitons une dernière fois de la vue du lac recouvert de neige en face de notre abri, et entamons le pas.

Nous traversons de petits ponts, nous longeons le lac sur des passerelles de fortune à même la falaise, nous traversons des vallées. La glace et la neige sont ici les maîtres. Ici, l’hiver n’est encore pas terminé, et par conséquent, nous n’aurons pas la (mal)chance de rencontrer ces fameux ours noirs
. La marche s’avère beaucoup plus facile que la veille, mais aussi beaucoup plus agréable, et nous avons même eu droit à quelques éclaircies et quelques bribes de ciel bleu!



Nous prenons notre repas au bord d’un agréable lac, puis terminons le dernier km et demi afin de nous rendre à la voiture. Inutile de vous dire à quel point ça fait du bien de retrouver le parking après une marche pareille, notamment pour quelqu’un qui ne pratique pas vraiment de sport (comment ça sportif du dimanche? moi?). Pour la peine, ce soir nous irons manger au resto mexicain de la ville de Placid Lake (qui d’ailleurs nous est apparue comme une jolie ville, que nous n’avons malheureusement pas eu le temps, ni le courage d’ailleurs, de visiter).

Comme d’accoutumée, voici l’intégralité de mes photos -> ici!
Julien